RDC : le secteur du tourisme face au Covid19, quelles conséquences ?

Partant de la vie dans les ménages jusqu’à l’organisation ultime des activités au niveau mondial, plusieurs bouleversements ont eu lieu, et le secteur touristique n’en a pas été épargné. Il serait même parmi les plus touchés. Quels ont été les dégâts en RDC? Les différents acteurs de ce secteur ont-ils un plan de relance ?

Par Germaine BAHATI

Le tourisme est considéré comme un secteur ‘’transversal’’ car il touche presque tous les autres domaines de la vie : Agriculture, Construction, Transports, Santé, Assurances et Banques, Communication, et ayant des effets multiplicateurs sur les autres secteurs d’activités[1]

Le tourisme est parmi les secteurs qui ont carrément stoppé, qui se sont avérés impraticables vu la situation de crise. La RDC figure dans le top 10 du monde des pays qualifiés de « méga biodiversité », avec tout ce qu’elle contient et qui ferait sa force, d’énormes potentiels touristiques, le dynamisme et la présence non négligeable des acteurs touristiques par exemple.

Aujourd’hui, on peut bien se demander ce qu’est devenu le secteur touristique en RDC, qui déjà avant la crise liée à la Covid était chancelant. Nous pourrons, dans ce texte, revoir le tableau retraçant la situation du secteur touristique avant la venue de la Covid, nous présenterons aussi les différents points de vue des organisations œuvrant dans le domaine, pour finir avec les réponses entreprises par ces acteurs pour relever le secteur touristique après la crise actuelle.

Le tableau du tourisme en RDC

Certaines des faiblesses que connaissait déjà le secteur touristique en RDC étaient en effet[2] : les difficultés d’accès aux sites touristiques et aux aires protégées, l’insuffisance d’infrastructures d’accueil et de transport, l’offre touristique de faible qualité, la faiblesse de compétence et manque de formation du personnel et sur les métiers du tourisme, l’insuffisance du budget alloué au secteur, etc.

Pourtant, les opportunités[3] pour faire de ce secteur l’un des plus attractifs du pays ne manquent pas, on pourrait en citer :l’existence des circuits touristiques sous régionaux, le positionnement stratégique entre les circuits de l’Afrique centrale, de l’Est et Australe, le riche patrimoine culturel et historique, etc.

Par contre ce secteur est resté menacé[4] par diverses situations : La persistance des poches d’insécurité à l’Est du pays, le Braconnage des espèces emblématiques comme le gorille de montagne, l’okapi, le rhinocéros, l’éléphant, l’état de délabrement très avancé des infrastructures de base, l’exploitation minière et forestière dans les sites touristiques et les aires protégées, la perception négative du niveau sécuritaire dans certaines zones, le cout élevé de séjour en RDC.

 

Les contraintes ainsi identifiées ont eu comme conséquences sur le secteur : la faible dynamique de l’activité touristique ; la qualité médiocre des prestations de beaucoup d’acteurs locaux par rapport à leurs homologues des pays voisins ; le faible attrait des capitaux étrangers ; la programmation insuffisante de la destination par les tours opérateurs ; la prolifération d’agences de voyage clandestines ; la faible incidence de l’activité touristique sur l’amélioration effective des conditions de vie des populations.[5]

 

La venue de la Covid, quelles retombées sur le secteur ?

Nous avons contacté des organisations œuvrant dans le domaine du tourisme en RDC, et voici ci-dessous les résultats de nos entretiens :

L’alliance Virunga, interrogée à ce sujet a déclaré : ’’ Avant la crise du COVID-19, le tourisme dans le parc national des Virunga avait en fait très bien rebondi et nous constations une augmentation du nombre de visiteurs. Les dommages financiers au parc national des Virunga et à l’économie locale liés à la fermeture des activités touristiques sont extrêmement graves. L’économie et la population locales, bénéficiaires directes de l’industrie du tourisme, sont déjà confrontées à des tensions économiques majeures. La fermeture a eu des effets très importants sur les finances des Virunga, environ 40% des revenus du parc disparaissant du jour au lendemain.’’

L’autre constat selon eux est qu’il y a un risque accru de braconnage car les sources de revenus pour les populations locales et les nombreux groupes armés actifs autour des Virunga sont écrasés. L’inflation des prix liée à la pandémie fait grimper les prix des denrées alimentaires, ce qui pourrait alimenter le braconnage si les groupes armés locaux y voient une opportunité commerciale lucrative.

A ce propos, Virunga déclare : ‘’Nous avons récemment constaté une augmentation des activités de braconnage, qui est liée à la pandémie.’’[6]

Pour Congo Tourism Gate, une organisation œuvrant dans le secteur depuis 2017 et basée à Goma, la venue de la Covid a rendu le tourisme impraticable. Que ce soit au niveau local, national ou international, le ‘’restez chez vous’’ a carrément anéanti le secteur, puisqu’il n’y a ni entrée ni sortie.

La conséquence directe que signale cette organisation est l’arrêt des activités. La réalité est en effet que plusieurs organisations qui œuvrent dans le secteur ne vivent que du tourisme, donc des actions telles que l’organisation des voyages et la facilitation des mouvements aux touristes dans leur séjour par exemple.

Selon l’organisation Safari Congo Adventures,  une agence qui travaille en RDC depuis 2014,spécialisée dans la facilitation des touristes  et  voyageurs au Congo  dans le processus d’obtention du visa congolais,  Le tourisme est très affecté par cette situation de la pandémie par l’annulation des réservations, les pertes financières, une situation qui pourrait s’empirer en fonction de l’évolution de la pandémie du comportement attentiste des voyageurs et du sentiment de panique qui  pourrait s’installer.

 

Y a-t-il un plan de relance ?

Conscientes qu’après la crise, il faudra relancer le secteur, les organisations prévoient différemment les temps et les actions qui suivront :

Pour sa part, Virunga a affirmé : ‘’ Le parc est en train de construire des logements et des installations supplémentaires de haute qualité pour les touristes une fois qu’ils pourront visiter le parka gain, et nous sommes convaincus qu’avec le temps, nous serons en mesure d’accueillir à nouveau les visiteurs dans le parc et que le tourisme sera à nouveau une réussite ‘’.

L’alliance Virunga a ajouté que Pour l’instant, le parc reste fermé, mais que cette situation est constamment réexaminée et, une fois que cela sera sûr, tant pour la faune du parc que pour les personnes qui vivent dans et autour du parc, elle est impatiente d’accueillir les visiteurs une fois encore.

Congo Tourism Gate de son côté dit avoir commencé à restructurer certaines choses en son sein : les contacts avec les clients ont repris, des lettres sont en train d’être envoyées aux organisation partenaires pour planifier les activités qui auront lieu dès que le secteur sera à nouveau fonctionnel.

Pour la part de Safari Congo Adventures, ils disent qu’ils veulent montrer aux visiteurs une autre image de la RDC, alors ils essaient de changer leur cible en faisant que leurs premiers clients puissent être les congolais, et qu’ils veulent ainsi donner la chance et l’accès aux congolais de découvrir les sites touristiques de leur beau pays.

Après la lecture, trouvez-vos que ces plans sont adéquats ? en avez-vous d’autres à leur proposer ? Merci de répondre en commentaires.

 

[1] Beltrade Info, tourisme secteur transversal, Juin 2017

[2] Unctad, idem

[3] Beltraden, idem

[4] Id. Op. Cit.

[5] Ministere national du tourisme et de l’environnement, Strategie nationale et plan directeur de developpement durable du tourisme de la Republique Democratique du Congo, 2016

[6]https://virunga.org/news/Virunga-National-Park-warns-of-increased-poaching-threat,consulté le…….

 

Comments (1)

  • Reply Elie - January 18, 2021

    Nous remercions tous les acteurs (surtout indépendants) qui œuvrent dans ce secteur.
    Je précise seulement que le tourisme n’est pas seulement réservé pour les internationaux, les nationaux ont aussi ce besoin de découvrir les ressources naturelles du pays, et du coup, les prix d’accès aux sites touristiques pour eux restent parmi les obstacles; vous savez combien un congolais vivant à Goma pu proche paye pour visiter juste le sommet du volcan NYIRAGONGO et autres sites…

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