” La diaspora peut contribuer à vendre l’image positive de la République Démocratique du Congo en revenant y investir”, Yokateme Tii-kuzu

Faisant partie des ces congolais de la diaspora qui ont un réel souci de contribuer au développement de leur terre natale, Yokateme Tii-kuzu est aujourd’hui fondateur de ce qui attend devenir l’une des plus grandes agro–industries de Kinshasa, la firme MabeleAgric.


De part son nom, Mabele qui signifie terre, la compagnie se veut valoriser la terre Congolaise.

En 3 ans, MabeleAgric est devenu le plus consistant fournisseur et producteur de légumes feuilles à Kinshasa. Chaque semaine, la compagnie nourrit des milliers des Kinois.


Saisis par ce dynamisme qui contribue considérablement à vendre aux pays étrangers la vraie réalité du Congo, ses potentiels et ses opportunités, nous vous retraçons le parcours de Yokateme Tii-kuzu après un entretien exclusif.


Tout part d’un rêve d’enfance !

” Je n’ai eu qu’un seul rêve toute ma vie: posséder un camion de 24 roues transportant ma marchandise.


Depuis le secondaire, j’étais le seul élève dans ma classe, en biochimie à Boboto Kinshasa qui avait choisi l’agriculture comme future profession.

J’avais toujours pensé que si je ne contribuais pas à nourrir les gens un jour, j’aurai perdu mon temps sur terre.


Alors quand j’avais quitté le congo pour étudier en Afrique du Sud en 2010, je savais que je reviendrais, sans savoir quand.


C’est en 2018 que je me suis résolu à revenir au Congo.

J’étais en plein course pour mon diplôme de Maîtrise en Génétique à l’université de Pretoria.

Je m’étais rendu compte d’une chose: mes études étaient égoïstes. J’avais l’impression qu’elles n’allaient bénéficier qu’à moi même.


Je voyais mal comment les villageois et les congolais démunis pouvaient en bénéficier. Dès lors, je définissais le succès comme le nombre des personnes dont les conditions de vie s’amélioreraient grâce à mes activités. Et après ma Maîtrise ce nombre était si bas que je pris le courage de revenir.


Ma lutte ne concerne pas seulement l’agriculture. Elle concerne surtout les stéréotypes qui vendent une fausse image du Congo. Comme quoi rien de bien ne peut sortir du Congo.


Les gens pensent qu’il vaut mieux faire sa vie ailleurs qu’au Congo ou en Afrique. D’autres aussi pensent à tort que les autochtones des villages ou des milieux touristiques peu développés ne sont pas intelligents.

Mon souhait est donc qu’à travers mes activités agricoles, les autres comprennent que c’est de ces difficultés que peuvent être dénichées les opportunités.

Il n’y a nul autre pays sur terre qui mérite autant nos efforts que notre pays d’origine car aucun pays ne saurait nous récompenser comme le Congo, on y trouve la vraie richesse, celle qui n’est pas éphémère.”

J’ai compris que le Congo a un grand potentiel en Afrqiue.


” Je me suis préparé avant de revenir ici au Congo. J’ai lancé des études du marché avec l’aide d’un de mes cousins.

Il a collecté les prix de différents légumes à Somba-Zigida ( principal marché kinois des nourritures bio), et j’en ai fait des calculs des profitabilités.


En comparant ces calculs au marché sud–africain, j’ai alors compris que le Congo a un grand potentiel en Afrique.


Pour être précis, le prix le plus bas en RDC est similaire au prix du marché en Afrique du Sud. Et le prix le plus haut est 3 à 5 fois plus bas qu’en Afrique du Sud.

C’est à dire qu’un bon fermier pourra gagner 3 à 5 fois plus au congo qu’en Afrique du Sud.

Le prix des grossistes au congo est aussi moins élevé que le prix des détaillants en Afrique du Sud.


Le chaos du secteur agricole au congo contribue à sa profitabilité. Le manque de subvention, l’état des routes, le coût des intrants, le faible niveau de connaissance des fermiers ruraux, l’absence de standard de qualité, tout ceci contribue à une production probablement rentable et à une compétition limitée.


Ceci implique qu’il y ait une offre qui ne satisferait pas la demande et une facilité de pénétration des nouveaux producteurs. Ceci implique également des prix de vente instables mais bénéfiques qui causent une profitabilité sans pareils. “

Les débuts n’ont pas été faciles

” Pour entamer j’ai essayé de rassembler les moyens financiers, j’ai dû vendre la maison de ma mère en Afrique du Sud. J’ai partagé l’argent obtenu avec mes sœurs et j’ai gardé ma part en attendant rentrer m’installer au Congo.


Malheureusement, ma part était finie avant même que je ne revienne. Du coup je suis revenu mains bredouilles. Je devais de nouveau trouver les moyens financiers pour me lancer.


Initialement mon frère m’a mis en contact avec ses amis, qui avaient déjà constitué un groupe et voulaient investir dans l’agriculture. Avec eux nous avons lancé trois projets de production des tomates, poivrons, et d’aubergines au plateau des Bateke.

A cause de la faible expertise sur la production, les maladies ont envahi une partie du terrain.

A cause de la distance, nous avions pris beaucoup de temps pour sortir, arranger et ramener la motopompe de Kinshasa et certaines plantes avaient séché.

J’ai après cela contacté mes amis et rassemblé des fonds pour un projet d’aubergines africains (solo en lingala) et poivrons à N’djili.


Au début la production était acceptable mais le prix de vente était peu bénéfique car la variété produite n’était pas appréciée. Nous avons alors approfondi les connaissances d’études du marché en tenant compte des prix de différentes variétés de chaque légume.


Cela nous a permis de comprendre l’importance des légume feuillés (épinard, morelle, etc.) : moins risquées, très consommées, faciles à produire et cycle de production court. Alors nous avons lancé le projet de légumes feuilles.”


Voilà comment j’ai lancé ma compagnie MabeleAgric.


” MabeleAgric est spécialisée dans la production et la commercialisation des légumes. Nous avons comme objectif nourrir les gens en sauvant la planète.

De ce fait nous nous basons sur la production des légumes feuilles car c’est le moyen le plus efficace pour nourrir une population démunie et grande comme celle de la République Démocratique du Congo.


Nous produisons de manière consistante pour combattre les variations du marché et assurer un approvisionnement sans rupture.

Nous utilisons des techniques agroecologique et nous sommes convaincus que le Congo a les meilleurs moyens de devenir une grande puissance dans l’agriculture organique.


En six mois nous étions devenu le plus grand producteur de morelle à Cecomaf et en une année le plus grand fournisseur d’épinards à Somba Zigida. Actuellement la compagnie s’étend pour inclure l’élevage et appliquer de l’agriculture circulaire.”


En rentrant au pays et créant des emplois, la diaspora peut attirer les touristes et les investisseurs.


“La diaspora représente la RDC, en plus d’avoir des relations avec le monde exterieur.


Si la diaspora a peur de son pays, alors c’est toute une autre image du Congo qu’elle vend, et tant qu’elle même ne s’engage pas à développer le pays, les étrangers ne peuvent pas s’y intéresser.

Ni pour les investissements en masse ni pour le tourisme.


Alors leur meilleure contribution c’est revenir au pays, lancer les activités dans les domaines de leur choix et persévérer pour que ces activités réussissent.


Ceci permettra à tout le monde de comprendre que le climat des affaires chaotique dont on parle n’est qu’une opportunité pour réussir. Et le tourisme tout comme la protection de l’écosystème en dépendent énormément.”

Mabele qui aujourd’hui nourrit des nombreuses familles à Kinshasa, attend accroitre ses productions. Cela pourrait permettre à l’entreprise d’être l’une des plus grandes du secteur.

Le tourisme comme l’agriculture dépend de l’image que la diaspora congolaise donne de son pays à en croire aux convictions de Yokateme Tii–kuzu.

Par Nicolas Mbula Amani

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